MUTE
Mute, c’est une plage éloignée du tumulte de la vie quotidienne. Des souvenirs liés aux vacances, à l’enfance, à l’univers familial qui restent gravés en grandissant.
« Mute », c’est aussi en anglais le fait de couper le son, de (se) mettre en sourdine. C’est un rapport particulier au silence : celui qui permet d’observer, de se laisser envahir, de s’exprimer au travers d’un processus indicible. C’est ce silence symbolisé par la photographie d’une anémone sauvage (anemonia viridis) prise sur la Playa del Silencio en Asturies. Un instant suspendu durant lequel la matière s’exprime pour ensuite engager un dialogue visuel et corporel avec nous.

Mute, c’est une exposition réunissant tous les membres d’une même famille : Julia, Théophile, Marie-France et Pablo. Ils y évoquent leur relation sensible, physique, au vivant et au monde qui les entoure. Chacun·e développe ainsi une pratique autour des rencontres et des souvenirs qui s’ancrent et irradient d’une certaine façon dans les esprits et dans les corps et ce, au travers de processus qui leur sont propres, mais qui font sens et se construisent aussi ensemble.
La relation au vivant est indissociable de la pratique de Marie-France Bonmariage. Elle entretient avec la pierre lithographique un dialogue intime, faisant corps avec ce matériau fragile et friable, réceptif à ses coups de crayon et traces de pinceau. Chaque geste réagit au contact de la pierre et inversement, créant un va-et-vient – une sorte de danse entre les deux qui transparait sur le papier japon et qui ne cesse de se modifier par les superpositions et les assemblages que l’artiste propose.

Cette résonance du corps sur la matière jaillit également dans les tirages photographiques présentés par Théophile Garcia Rubio. Kinésithérapeute de formation, il cultive un intérêt particulier pour l’aura dégagée par le corps. Employant la méthode mise au point par Semyon Kirlian, il capture les photons émis par l’extrémité des doigts qui sont ensuite imprimés sur papier. Propres à chacun·e, ces rayonnements luminescents révèlent mille et un parcours de vie aux énergies diffuses ou concentrées.



Les structures immobilières de Pablo Garcia Rubio, directement inspirées des appartements miniers espagnols, et ses dessins relient l’ensemble des gestes partagés par l’emploi d’une matière évanescente par essence (qu’il s’agisse du sucre ou de la poudre noire de poêle à pellets). Cette dernière s’imprègne de l’histoire de la famille et de ses origines. Elle se pérennise ici dans de nouvelles installations. Comme pour mieux capturer les liens et les filiations, garder vivants les souvenirs familiaux.

Céline Eloy
12.12.25 - 10.01.26
Galerie Flux
60 rue Paradis, 4000 Liège
